29 Apr 2026
Après le World of Coffee San Diego 2026 : 4 tendances que les torréfacteurs suivent de près

Trois jours au San Diego Convention Center. Des centaines de conversations avec des torréfacteurs, des producteurs et des acheteurs. Une table de dégustation. Et un changement clair dans ce qui compte réellement côté achat.
Ce n’est pas un résumé de l’événement. C’est ce qui a changé et ce qui transforme déjà la manière dont les torréfacteurs évaluent le café.
Tendance 1 : Les conversations passent du prix à l’évaluation
Oui, les relations comptent toujours. Mais cette année, ce qui ressort, c’est la manière dont elles se construisent.
À plusieurs tables de dégustation, les échanges ne portaient pas sur des listes de prix, mais sur :
• Les variables de transformation
• La tolérance aux défauts
• La stabilité dans le temps
• Le comportement du café selon son usage (origine unique vs assemblage)
L’un des ateliers les plus pratiques auxquels nous avons assisté était entièrement consacré à l’évaluation des défauts du café vert et à l’analyse physique non pas en théorie, mais en pratique.
Les participants ont travaillé sur plusieurs échantillons pour :
• Identifier et compter les défauts (dégâts d’insectes, grains cassés, grains noirs)
• Évaluer l’acceptabilité d’un lot selon son usage
• Mesurer l’humidité et analyser la stabilité
Conclusion clé :
Tous les défauts ne se valent pas, et tous les cafés ne sont pas évalués selon les mêmes standards.
Un café acceptable en assemblage peut échouer en origine unique.
Et cette décision n’est pas subjective — elle est mesurable.
Le taux d’humidité est revenu comme variable de contrôle essentielle :
• Variation attendue : ±0,5 % par rapport aux échantillons pré-expédition (PSS)
• Au-delà → risque d’instabilité pendant le transport ou le stockage
Nous avons aussi observé une utilisation croissante de la détection par lumière UV pour identifier des défauts invisibles à l’œil nu — une pratique jusqu’ici surtout réservée aux laboratoires.
Ce qui a rendu cet atelier particulièrement pertinent, c’est la boucle complète :
les participants n’ont pas seulement identifié les défauts — ils les ont goûtés.
Ils ont dégusté :
• Des cafés avec dégâts d’insectes
• Des échantillons trop séchés
• Des défauts acides / fermentaires
• Des grains noirs
Une fois que l’on sait quel goût a un défaut, il n’y a plus d’incertitude lorsqu’il apparaît en tasse.
Tendance 2 : L’écart entre artisanat et contrôle se réduit
Beaucoup de discussions autour de la technologie — mais moins de hype, plus d’application.
Oui, des outils comme les systèmes de pour-over automatisés améliorent la constance.
Mais le plus intéressant se joue en coulisses :
• Méthodes d’analyse des composés plus accessibles
• Outils de mesure en temps réel plus performants
• Focus croissant sur la reproductibilité, pas seulement la qualité
En parallèle, plusieurs ateliers sur les fondamentaux financiers ont mis en lumière un autre écart :
De nombreux torréfacteurs en croissance fonctionnent encore sans :
• Modèle de prix structuré
• Processus de mise en marché défini
• Suivi des coûts lié à la variabilité du café vert
Dans un marché où la volatilité est constante, ce n’est plus une faiblesse — c’est un risque.
Conclusion :
Les torréfacteurs les plus performants traiteront sourcing, contrôle qualité et modèle financier comme un seul système.
Tendance 3 : Les questions changent
S’il y a un signal clair, c’est celui-ci :
On ne demande plus « Qu’est-ce que c’est comme café ? »
On demande « Comment a-t-il été produit et traité ? »
Dans les conférences, au Producer Village et dans les programmes durables :
• La traçabilité est devenue la base
• Les données producteur sont essentielles
• La transparence sur les prix et les procédés est attendue
Et surtout, ce ne sont plus des idéaux.
Ce sont des exigences opérationnelles.
Ce changement ne vient plus d’un segment de niche.
Il devient la norme.
Tendance 4 : Le récit de la Colombie évolue
Le fait que la Colombie soit le pays à l’honneur a apporté de la visibilité.
Mais le vrai changement est ailleurs : dans le discours.
On parle moins uniquement de régions ou de profils classiques, et davantage de :
• Innovation dans les procédés
• Différenciation par microclimat
• Expérimentation menée par les producteurs
Non pas comme une nouveauté,
mais comme une réalité enfin évaluée avec nuance.
Ce que nous retenons
Nous sommes allés à San Diego pour reconnecter et déguster.
Nous repartons avec quelque chose de plus utile :
Une vision plus claire de la prise de décision des torréfacteurs en 2026 :
• Évaluation plus structurée
• Langage plus technique
• Focus sur la constance et l’usage
• Moins de tolérance pour l’incertitude
Et surtout
Un passage de la dégustation du café
à sa compréhension.